étude de cas
médecins sans frontières
Pour le nouveau siège de Médecins Sans Frontières, l’enjeu était de concevoir une scénographie permanente capable d’incarner l’ADN de l’organisation sans le dénaturer. Il ne s’agissait ni d’un espace muséal classique, ni d’un dispositif spectaculaire, mais d’un lieu de transmission fidèle à la réalité du terrain.
Après de longs échanges avec les équipes de MSF, une évidence s’est imposée : l’organisation intervient majoritairement dans des zones de conflit, souvent avec un minimum de matériel, dans des conditions extrêmes, avec pour seule ressource essentielle l’engagement humain. Cette économie de moyens, cette efficacité directe et cette humilité opérationnelle devaient constituer le fil conducteur du projet.
La scénographie s’est ainsi structurée autour de quatre piliers fondamentaux : l’action médicale, la charte fondatrice, les témoignages, et les principes de neutralité, d’indépendance et d’impartialité.
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Notre concept repose sur une idée simple : traduire spatialement la réalité du terrain.
Les équipes de MSF interviennent souvent avec peu de matériel, en zone de conflit avec un simple sac sur le dos. Cette image forte a guidé toute la réflexion. Nous avons choisi d’éviter toute technologie digitale immersive ou spectaculaire. Les interactions devaient être exclusivement manuelles, physiques, presque rudimentaires, afin d’évoquer la sobriété des moyens disponibles lors des missions.
Les quatre thématiques ont été incarnées à travers quatre modules distincts, construits sur une architecture commune. Cette répétition formelle permettait de créer une cohérence d’ensemble tout en affirmant la singularité de chaque pilier.
Nous avons également pu nous appuyer sur l’extraordinaire bibliothèque photographique de MSF, notamment les images de Sebastião Salgado. Ces photographies, puissantes et intemporelles, témoignent de la réalité brute des crises humanitaires. Pour leur rendre toute leur légitimité et éviter la consommation rapide de l’image propre aux écrans contemporains, nous avons choisi de les présenter dans des visionneuses à diapositives des années 70.
Lorsque l’on plonge le regard dans ces dispositifs, l’image devient immersive, presque intime. Le champ visuel est restreint, l’attention totale. À l’inverse d’un écran que l’on peut quitter d’un geste, ici le spectateur est engagé physiquement. La photographie impose une présence et une durée.
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Le design des modules s’est inspiré des logiques de transport et de montage rapide propres aux interventions humanitaires. Les matériaux choisis sont simples, robustes, fonctionnels. Les assemblages restent visibles, assumés, presque techniques, évoquant des structures temporaires que l’on pourrait démonter et transporter.
Cette écriture formelle volontairement sobre reflète l’efficacité opérationnelle de MSF : aller à l’essentiel, supprimer le superflu, privilégier la clarté du message.
Chaque module reprend la même architecture, créant une unité visuelle forte dans l’espace du siège. Cette répétition structurelle rappelle la constance des principes de l’organisation, quels que soient les contextes d’intervention.
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La production a été pensée dans une logique de durabilité et de maintenance simple, en cohérence avec l’esprit du projet. Aucun dispositif fragile ou dépendant d’une technologie complexe. L’ensemble privilégie la matérialité, la manipulation directe et la solidité.
Au final, cette scénographie permanente ne cherche pas à impressionner. Elle cherche à faire comprendre. Elle met en lumière l’engagement, la rigueur et l’humanité de Médecins Sans Frontières à travers un dispositif fidèle à sa réalité : sobre, direct et profondément incarné.